Toyota, leader en Syrie ?

Apparus à plusieurs reprises dans des vidéos de propagande de l’organisation islamiste, les véhicules du constructeur japonais font aujourd’hui beaucoup discuter. Le groupe a assuré vouloir collaborer avec la justice américaine. Les images font le tour du monde. On y perçoit des membres de l’organisation État islamique, debout à travers les voitures, arrivant dans des villes qu’ils viennent de faire tomber sous leur coupe en Irak, en Syrie ou en Libye. Ces véhicules, bien souvent, sont des modèles du constructeur japonais Toyota. Des pick-up ou SUV, la plupart du temps un Toyota Hilux, célèbre parmi les groupes rebelles à travers le monde. Il y a désormais un peu plus d’un an, 43 modèles étaient envoyés par le département d’État américain aux rebelles syriens. Aujourd’hui, ils ont, pour la majorité, changé de main. La marque japonaise est passée cette semaine dans une nouvelle dimension après la publication par l’EI d’une vidéo «publicitaire» présentant la flotte de véhicules Toyota de l’organisation. Dans le même temps, la chaîne américaine ABC News a annoncé mercredi soir que le Département du Trésor des États-Unis en charge de la lutte contre le terrorisme avait pris contact avec la direction du constructeur automobile. «Nous avons établi des contrôles dans le but d’empêcher nos produits d’être détournés en vue d’une utilisation militaire non-autorisée et nous soutenons l’enquête de la justice américaine qui se penche plus largement sur les chaînes d’approivisionnement internationales et les flux de capitaux et de marchandises au Moyen-Orient», a réagi le porte-parole de Toyota, Ed Lewis. La question revient souvent: comment un groupe terroriste a-t-il pu récupérer des véhicules Toyota? «C’est regrettable, mais désormais, le Toyota Land Cruiser et le Toyota Hilux sont devenus une représentation de la marque EI», a expliqué le chef de la direction du projet de lutte contre l’extrémisme aux États-Unis, Mark Wallace, à la chaîne ABC. Si la direction du groupe japonais assure qu’il s’agit de «vieux modèles», l’image est utilisée dans la communication savamment orchestrée par l’organisation islamiste. Les véhicules envoyés par le département d’État américain en avril 2014 ont, pour la plupart, certainement été récupérés par l’État islamique. Une enquête plus récente, réalisée par un quotidien australien, a également montré que plus de 800 camions volés dans les rues de Sydney, entre 2014 et 2015, ont probablement été envoyés dans la flotte de l’organisation. Selon ABC, Toyota a cessé toute activité en Syrie depuis octobre 2012 mais a vu ses ventes largement progresser en Irak, entre 2011 et 2013, passant de 6000 véhicules vendus à 18.000 deux ans plus tard. Allant dans le même sens, un reportage publié il y a plusieurs années par Newsweek mettait en lumière l’importance du Toyota Hilux dans les zones de conflit. Le véhicule avait alors pris une part considérable en Afghanistan où «les camions étaient extrêmement respectés», du fait de leur grande résistance. Un épisode de l’émission britannique Top Gear avait d’ailleurs montré en 2010, par plusieurs tests, la capacité du véhicule à recevoir toutes sortes de chocs.