Séminaire chez les Républicains

Chez Les républicains, on n’a pas attendu le deuxième tour des élections régionales pour sortir les couteaux. Sentant venir les choses, Nicolas Sarkozy lui-même, après avoir écarté la discussion sur la ligne politique du mouvement, a compris, mardi matin, qu’il n’y couperait pas. En bon chef de Parti, c’est-à-dire qui suit ses troupes lorsqu’il n’est pas en mesure de les précéder, il a admis devant le groupe parlementaire les Républicains que oui, débat il y aurait, dès le lendemain du 13?décembre, sur la ligne politique du mouvement. Le débat, quoi qu’en pensent ceux qui se sont d’ores et déjà sur les rangs pour la primaire républicaine de l’automne prochain, ne sera pas si simple pour eux. Car enfin, qu’ils le veuillent ou non, ils ont bel et bien été associés à la stratégie de campagne des Républicains pour les régionales. Ils ne peuvent pas découvrir aujourd’hui ce qu’ils ont accepté hier. Par exemple la règle du ni-ni – ni fusion, ni retrait de liste – annoncée dimanche soir par Nicolas Sarkozy avant la réunion du bureau politique prévue pour le lendemain, qui a été adoptée à l’unanimité moins deux voix par ses membres, parmi lesquels les principaux compétiteurs de Nicolas Sarkozy à la future primaire. Seuls Nathalie Kosciusko-Morizet et Jean-Pierre Raffarin ont voté contre le ni-ni, un résultat qui consacre la fin du fameux “front républicain”, au moment même où le Parti socialiste, unilatéralement, a décidé de respecter celui-ci dans les deux régions de France où le FN est arrivé, et de très loin, le premier. Difficile, pour ceux qui ont accepté le ni-ni entre les deux tours de scrutin, d’en tailler en pièces la règle – et les résultats – après. “En bon chef de Parti, c’est-à-dire qui suit ses troupes lorsqu’il n’est pas en mesure de les précéder, il a admis devant le groupe parlementaire les Républicains que oui, débat il y aurait, dès le lendemain du 13?décembre, sur la ligne politique du mouvement” Même difficulté pour l’alliance au centre. Certes, sans qu’il l’ait pour le moment précisé, c’est sur une telle alliance, jugée par lui nécessaire pour barrer la route au FN, qu’Alain Juppé compte remettre en cause la stratégie des Républicains dans les mois qui viennent. Pour autant, il ne lui sera pas possible de tirer argument de ce qui s’est passé aux régionales?: Nicolas Sarkozy est arrivé dans toutes les régions de France à faire l’unité de la droite et du centre, en abandonnant des têtes de liste à plusieurs de ses leaders, Hervé Morin (Normandie), Philippe Vigier (Centre-Val de Loire), François Sauvadet (Bourgogne France-Comté), tandis que des candidats UDI, et même Modem (sur la liste Wauquiez en Auvergne Rhône-Alpes) prenaient leur place sur les listes communes. Le fait que, dans ces trois régions à direction UDI, les résultats n’aient pas été au rendez-vous, devrait aussi amener les Républicains à réfléchir sur ce que leur a apporté cette ouverture au centre?: Hervé Morin a devancé de quelques dizaines de voix seulement le FN, Philippe Vigier a jugé lui-même son score “décevant” face au candidat Front national, et François Sauvadet est largement dépassé par la candidate lepeniste. Difficile aussi, à la lumière des résultats du premier tour, de savoir si les Républicains doivent désormais adopter une ligne “dure” ou une ligne ouverte au centre. Laurent Wauquiez, qui a mené grand train une campagne dite dure, est en tête au premier tour devant le FN. Mais c’est aussi le cas des Pays de la Loire, où Bruno Retailleau, plus “soft” que Wauquiez, a également devancé le Front national. Apparemment, et en s’en tenant à ces résultats, ce n’est pas la ligne qui fait le succès, mais la personnalité des chefs de file. À se demander justement si ce n’est pas sur la personnalité de Nicolas Sarkozy lui-même que va s’ouvrir le vrai débat, et non pas uniquement sur le fait de savoir s’il faut offrir aux Français une alternative au FN en passant par le centre ou en suivant de trop près les propositions frontistes. Nicolas Sarkozy n’est pas un enfant de chœur?: il sait ce que lui reprochent ses adversaires au sein du mouvement des Républicains, sa façon de traiter les autres, mais aussi de s’imposer à eux, sa fébrilité parfois, son désir de revanche éperdu à l’égard de François Hollande, ses colères contre ses ennemis et parfois ses amis. L’ancien président de la République, battu en 2012, est-il le mieux placé pour conduire le combat de 2017?? À cette question, d’autres que lui au sein des Républicains n’attendront pas la primaire de l’automne prochain pour poser la question.