Comment les Caraïbes gèrent les eaux usées

Dans l’ensemble de la région des Caraïbes, il est bien souvent extrêmement difficile de mobiliser des fonds en faveur de l’éducation, de la santé, de l’approvisionnement en eau potable et de la gestion des eaux usées, ce dernier secteur étant systématiquement celui qui bénéficie le moins des investissements. Pourtant, en l’absence des investissements voulus, les rejets d’eaux usées non traitées se poursuivront, ce qui représente une menace pour le développement économique de la région et la qualité de vie de ses habitants. Le CReW, financé par le FEM et mis en œuvre par la Banque interaméricaine de développement (BID) et le PNUE constitue un moyen de remédier à l’insuffisance des fonds en faveur des infrastructures liées aux eaux usées dans la région. Deux mécanismes de financement ont été mis à l’essai dans le cadre du projet : des fonds renouvelables (au Belize, à la Trinité-et-Tobago et en Guyane) et un mécanisme d’amélioration des modalités du crédit (en Jamaïque). Ce dernier a été mis sur pied avec une réserve de garantie de 3 millions de dollars américains assurée par le CReW en tant que financement à effet de levier pour un montant supplémentaire de 9 millions de dollars destiné à des projets relatifs aux eaux usées. La majoration de coefficient K, instaurée en 2008 pour les services des eaux usées, sert à rembourser les fonds au FEM. Ce modèle novateur incite à consacrer les fonds récoltés dans le cadre de la perception mensuelle de la majoration (soit une partie du tarif de l’eau) au service de la dette liée aux prêts consentis par de grandes banques commerciales, plutôt que de les utiliser directement pour les investissements en capital dans le secteur. Le Belize, Trinité-et-Tobago et la Guyane se servent des ressources du CReW (5 millions, 3 millions et 2 millions de dollars américains respectivement) pour créer des fonds renouvelables qui permettent à leurs opérateurs du service des eaux de bénéficier de prêts qui servent au financement de certains projets relatifs aux eaux usées. Le renflouement de ces fonds renouvelables dépend des recettes principalement issues des intérêts produits par ces prêts et du régime tarifaire. La Guyane constitue un exemple particulier puisque les fonds y sont principalement affectés au secteur privé. Cette expérience a notamment permis de retenir que la viabilité du financement du secteur des eaux usées dépend essentiellement de la volonté des gouvernements ; du caractère approprié des politiques, des lois et des règlements du pays ainsi que de leur degré d’application ; et de la disponibilité constante de fonds dédiés à l’exploitation, à la maintenance et à la modernisation des installations. Le projet a contribué à mieux faire connaître i) la question de la mauvaise gestion des eaux usées auprès des décideurs ; ii) l’importance que revêt la gestion intégrée de l’eau et des eaux usées ; iii) les méthodes innovantes en matière de financement de la gestion des eaux usées ; et iv) les conditions de la viabilité du financement du secteur.